C'est fini. Le temps où l'on sabrait le champagne à chaque levée de fonds en "Série C" pour une startup qui ne dégageait pas un centime de profit semble appartenir à une autre époque, presque préhistorique. Honnêtement, on a tous été un peu complices de cette euphorie. On regardait le classement du French Tech 120 comme on regarde les résultats de la Ligue 1. Mais aujourd'hui, la réalité nous rattrape violemment. La mort d'une licorne, ce n'est plus un événement isolé ou une anomalie statistique. C'est devenu le symbole d'un changement de paradigme brutal dans l'économie numérique.
Le concept de licorne — cette entreprise valorisée à plus d'un milliard de dollars sans être cotée en bourse — a longtemps été le Graal. Pourtant, en 2025 et début 2026, le ton a changé. On ne parle plus de croissance "à tout prix". On parle de survie. De "burn rate". De rationalité.
Le mythe de la croissance infinie se brise
Pendant des années, l'argent était gratuit. Avec des taux d'intérêt proches de zéro, les fonds de capital-risque (VC) comme SoftBank ou Tiger Global injectaient des milliards dans des boîtes qui promettaient de révolutionner la livraison de repas ou la gestion de paie. Le problème ? Beaucoup de ces structures étaient construites sur du sable.
Quand on analyse la mort d'une licorne, on retrouve souvent le même schéma : une dépendance totale aux levées de fonds successives pour combler des pertes opérationnelles abyssales. C'est ce qu'on appelle la "fuite en avant". Mais dès que les banques centrales ont remonté les taux, le robinet s'est coupé. Sec. Les investisseurs sont devenus exigeants, réclamant de la rentabilité là où on ne parlait que d'acquisition d'utilisateurs.
Prenez l'exemple de certaines fintechs européennes qui, après avoir été valorisées 5 ou 10 milliards d'euros, ont vu leur valorisation s'effondrer de 80 % lors de leur dernier tour de table, ce qu'on appelle un "down round". C'est une mort lente. Techniquement, l'entreprise existe encore, mais l'esprit de la licorne, lui, est bien enterré. Les employés voient leurs stock-options ne plus rien valoir. La confiance s'évapore.
Pourquoi tant de licornes s'effondrent-elles maintenant ?
Ce n'est pas juste une question de taux d'intérêt. C'est plus profond. Fondamentalement, beaucoup de ces entreprises n'avaient pas de modèle économique viable sur le long terme. Elles subventionnaient leur propre croissance.
- Le coût d'acquisition client (CAC) était souvent supérieur à ce que le client rapportait sur toute sa vie (LTV).
- Une complexité structurelle délirante avec des milliers de salariés recrutés trop vite.
- L'absence de barrières à l'entrée réelles face aux géants comme Google ou Amazon.
La mort d'une licorne arrive souvent quand elle essaie de pivoter trop tard. On a vu des fleurons de la French Tech tenter de passer du B2C au B2B en catastrophe parce que les marges y sont meilleures. Sauf que vendre un logiciel à une banque du CAC 40, ce n'est pas la même chose que de vendre un abonnement à un étudiant de 20 ans. La culture d'entreprise ne suit pas. Les ingénieurs partent.
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L'effet de cascade sur l'écosystème
Quand une grosse boîte tombe, elle n'est pas seule. Elle entraîne avec elle des dizaines de prestataires, des agences de marketing, et parfois même d'autres startups plus petites qui utilisaient ses services. C'est un séisme. Et puis, il y a l'aspect psychologique. Pour un entrepreneur qui lance sa boîte aujourd'hui, le mot "licorne" est presque devenu une insulte. On préfère parler de "centaures" (entreprises générant 100 millions de revenus réels) ou de "cafards" (celles qui survivent à tout en étant ultra-frugales).
La chute de Getir et le syndrome de la livraison rapide
S'il y a bien un secteur qui illustre la mort d'une licorne de manière spectaculaire, c'est celui du "quick commerce". Vous vous souvenez de Getir ? Valorisée à près de 12 milliards de dollars à son apogée. Ils promettaient de vous livrer un paquet de chips et un soda en 10 minutes.
En 2024, Getir a quitté le marché français, puis s'est retiré de presque partout ailleurs. Pourquoi ? Parce que le modèle était mathématiquement impossible sans une exploitation massive de la main-d'œuvre ou une subvention permanente par les VC. Chaque commande faisait perdre de l'argent. À un moment donné, la réalité comptable finit toujours par gagner. La mort d'une licorne dans ce secteur a été rapide, violente, et a laissé des milliers de livreurs sur le carreau. C'est la fin de l'illusion de la commodité totale financée par les fonds de pension californiens.
Comment savoir si une licorne est en train de mourir ?
Il y a des signes qui ne trompent pas. Ce sont des signaux faibles qui, mis bout à bout, annoncent la fin du rêve. Si vous bossez dans la tech ou si vous suivez le marché, gardez l'œil ouvert sur ces points.
D'abord, les vagues de licenciements répétées. On ne parle pas d'un ajustement de 5 % pour optimiser, mais de plans massifs de 20 % ou 30 % tous les six mois. Ensuite, le départ des fondateurs ou des cadres historiques. Quand ceux qui ont construit la vision quittent le navire pour "passer du temps en famille" ou "lancer un nouveau projet", c'est rarement bon signe.
Un autre indicateur majeur : le silence radio. Une licorne qui communiquait toutes les semaines sur LinkedIn et qui, d'un coup, ne publie plus rien, c'est suspect. Souvent, ils sont en train de négocier un rachat par un concurrent pour une fraction du prix initial. On appelle ça une "acquisition de talent" ou "acqui-hire", un terme poli pour dire que la boîte a coulé mais qu'on sauve les meubles.
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Le rôle des investisseurs dans ce carnage
On tape souvent sur les fondateurs, mais les investisseurs ont une énorme part de responsabilité. En poussant les startups à dépenser des millions en publicité pour gonfler artificiellement les chiffres, ils ont créé des monstres de Frankenstein. Ils voulaient des sorties rapides, des IPO (entrées en bourse) flamboyantes pour récupérer leur mise.
Désormais, le marché des introductions en bourse est quasiment gelé. Les investisseurs se retrouvent coincés avec des parts de licornes qui ne valent plus grand-chose sur le papier. Alors, ils serrent la vis. Ils imposent des clauses de "liquidation preference" qui protègent leur capital au détriment des employés et des fondateurs. C'est moche, mais c'est le business.
La mort d'une licorne est-elle une mauvaise nouvelle pour l'innovation ?
C'est là que l'avis des experts diverge. Pour certains, comme l'investisseur Jean de La Rochebrochard (Kima Ventures), ce nettoyage par le vide est salutaire. Ça élimine les projets bidons et les entrepreneurs qui étaient là juste pour l'argent facile. On revient aux fondamentaux : créer un produit que les gens veulent vraiment et qui génère de la valeur.
D'un autre côté, la mort d'une licorne majeure peut refroidir tout un secteur pendant des années. Si une boîte comme Doctolib ou Back Market venait à s'effondrer demain (ce qui n'est pas à l'ordre du jour, rassurez-vous), plus personne ne voudrait investir dans la santé ou l'économie circulaire en France avant un long moment. L'innovation demande du risque, et le risque demande de la confiance.
Les étapes après le crash : que reste-t-il ?
Quand la mort d'une licorne est actée, il reste souvent trois choses :
- Une technologie de pointe qui peut être rachetée et intégrée ailleurs.
- Des talents incroyables qui vont aller monter d'autres boîtes, plus solides cette fois.
- Des leçons amères sur la gestion de la croissance.
La Silicon Valley s'est construite sur les cendres de la bulle internet de 2000. La French Tech est en train de vivre son propre baptême du feu. Ce n'est pas la fin de la tech française, c'est sa fin d'adolescence. On arrête de jouer avec l'argent des autres comme si c'était du Monopoly.
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Ce qu'il faut retenir pour l'avenir
Si vous êtes un investisseur, un entrepreneur ou même un client, ne vous fiez plus aux valorisations. La valorisation est une opinion, le cash-flow est un fait. La mort d'une licorne nous rappelle que l'économie réelle finit toujours par rattraper l'économie narrative.
Pour éviter de voir votre entreprise favorite disparaître, regardez sa capacité à dire "non". Non à l'expansion internationale trop rapide, non aux recrutements inutiles, non aux levées de fonds toxiques. La sobriété devient le nouveau cool dans la tech.
Actions concrètes pour naviguer dans ce nouveau paysage
Pour ne pas subir de plein fouet les conséquences de la mort d'une licorne, voici quelques mesures pragmatiques à adopter dès maintenant.
Si vous êtes salarié dans une scale-up :
Demandez de la transparence sur le "runway" (combien de mois de survie il reste sans nouvelle levée). Ne comptez plus uniquement sur vos stock-options (BSPCE) pour votre retraite. Priorisez les entreprises qui ont un "unit economics" positif, c'est-à-dire qui gagnent de l'argent sur chaque vente individuelle.
Si vous êtes un partenaire commercial :
Diversifiez votre portefeuille clients. Ne dépendez pas d'une seule grosse startup pour 50 % de votre chiffre d'affaires. En cas de défaut de paiement ou de redressement judiciaire, les délais de récupération des créances sont interminables et souvent infructueux.
Si vous lancez votre projet :
Visez la rentabilité dès le premier jour (ou le plus tôt possible). Le modèle "Growth at all costs" est mort et enterré. La nouvelle norme, c'est l'efficience. On construit des boîtes pour qu'elles durent, pas pour qu'elles brillent trois mois dans la presse spécialisée avant de s'éteindre.
La mort d'une licorne est un processus douloureux, mais nécessaire pour assainir un marché qui avait perdu la tête. C'est le moment idéal pour se concentrer sur l'essentiel : résoudre de vrais problèmes avec des solutions viables. La fête est finie, mais le travail sérieux, lui, commence à peine.