Honnêtement, quand on parle de littérature française, la plupart des gens visualisent instantanément une pile de bouquins poussiéreux, des portraits de vieux messieurs à perruque et des analyses de textes interminables subies au lycée. C'est dommage. C'est même un peu triste. Parce qu'au-delà de la torture académique, ce qui se cache derrière ces pages, c'est une sorte de laboratoire géant sur l'obsession, la révolte et le désir.
La France n'est pas juste le pays du fromage ; c'est le pays où l'on a érigé l'écriture en sport national de combat.
On pense souvent que tout a commencé avec une grammaire rigide et des règles strictes. Faux. Au Moyen Âge, c’était le chaos total. On ne savait même pas comment épeler "amour" de la même façon d'une page à l'autre. Chrétien de Troyes, par exemple, n'écrivait pas pour la postérité ou pour finir dans le dictionnaire Larousse. Il écrivait des blockbusters pour la cour de Marie de Champagne. Ses histoires de Lancelot et de Graal, c’était le Game of Thrones de l'époque, le sang en moins (quoi que) et la courtoisie en plus.
Le mythe de la langue pure
On nous rabâche que la littérature française est une question de pureté. Quelle blague. Joachim du Bellay, dans sa Défense et illustration de la langue française en 1549, le dit clairement : notre langue est "barbare" comparée au latin. Son plan ? Voler les idées des Grecs et des Romains pour pimenter le français. On a bâti notre prestige littéraire sur un énorme braquage intellectuel. C’est fascinant.
Prenez Rabelais. Ce type était un médecin qui écrivait des histoires de géants qui urinent sur Paris (littéralement, dans Gargantua). On est loin de l'image de l'écrivain coincé dans sa tour d'ivoire. Il a inventé des centaines de mots. La langue française ne s'est pas construite dans le silence des bibliothèques, mais dans le bruit, la fureur et une bonne dose d'insolence envers l'Église.
Le XVIIe siècle n'était pas si sage
On arrive au Grand Siècle. L'époque où tout doit être carré. Racine, Corneille, Molière. L'ordre. La raison.
Enfin, c’est ce qu’on nous vend.
En réalité, le théâtre de cette époque est d'une violence psychologique inouïe. Prenez Phèdre. C'est l'histoire d'une femme qui veut coucher avec son beau-fils et qui finit par détruire toute sa famille par frustration sexuelle et culpabilité. On appelle ça le "Classicisme", mais c’est essentiellement une étude clinique de la folie humaine sous pression.
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Molière, lui, était un punk en collants. On oublie qu'il a failli finir en prison plusieurs fois. Le Tartuffe a été interdit parce qu'il s'attaquait aux faux dévots. Il ne faisait pas de la "littérature" pour être admiré ; il balançait des grenades dans le salon de la bourgeoisie pour voir qui allait sauter.
La révolution n'est pas que politique
Le 19ème siècle change tout. C'est là que la littérature française devient une machine de guerre sociale. On ne peut pas comprendre la France actuelle sans lire Balzac. Le mec était un bourreau de travail, buvait 50 tasses de café par jour et voulait littéralement cartographier l'humanité entière dans sa Comédie Humaine. Il a compris, avant tout le monde, que le véritable moteur de la société moderne n'était pas l'honneur ou le sang, mais l'argent.
Et puis, il y a Hugo.
Victor Hugo, c'est le patron. Le "monstre".
Quand il publie Les Misérables en 1862, c'est un événement mondial. On raconte que les ouvriers se cotisaient pour acheter un exemplaire et se le lisaient à voix haute le soir. Est-ce qu'on imagine aujourd'hui des gens faire ça pour un roman de 1500 pages ? Peu probable.
Mais attention, le 19ème, c'est aussi le début du malaise. Flaubert détestait tout le monde. Il passait des jours entiers à chercher "le mot juste" pour décrire l'ennui d'une femme de médecin en Normandie. Avec Madame Bovary, il a inventé le réalisme moderne en montrant que la vie, souvent, c'est juste des rêves qui s'écrasent contre la réalité médiocre. C’est cruel, mais c’est d'une précision chirurgicale.
Le siècle des cassures
Le 20ème siècle a tout fait exploser. La Première Guerre mondiale a laissé les écrivains dans un état de choc permanent. Comment écrire de la poésie après Verdun ?
Certains, comme les Surréalistes, ont choisi de devenir fous. André Breton voulait libérer l'inconscient. On écrivait n'importe quoi, tout ce qui passait par la tête (l'écriture automatique), pour essayer de trouver une vérité que la raison n'avait pas réussi à protéger du massacre.
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Puis arrive Proust.
Beaucoup de gens abandonnent À la recherche du temps perdu après dix pages. C'est une erreur. Proust, ce n'est pas juste une histoire de madeleine. C'est une machine à remonter le temps. Il a compris que notre mémoire est un puzzle et que nous ne sommes jamais une seule personne, mais une collection de "moi" successifs. C'est quasiment de la neuroscience avant l'heure, écrite avec des phrases qui font la taille d'un paragraphe.
Après 1945, l'ambiance change. Sartre et Camus s'emparent de la scène. C'est l'Existentialisme. L'idée est simple, mais flippante : Dieu est mort, la vie n'a aucun sens intrinsèque, et vous êtes seul responsable de vos actes. L'Étranger de Camus commence par : "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas." Ce détachement a traumatisé des générations de lecteurs. C'est sec, c'est froid, c’est la littérature française qui regarde le vide en face sans ciller.
Pourquoi on se trompe sur la littérature contemporaine
Aujourd'hui, on entend souvent que la littérature française est "nombriliste". On l'accuse d'être trop portée sur l'"autofiction" (des écrivains qui racontent leur propre vie de manière stylisée). C'est vrai que des auteurs comme Annie Ernaux — Prix Nobel 2022 quand même — ont poussé l'analyse du "moi" très loin. Mais chez Ernaux, ce n'est pas de l'égoïsme. C'est une tentative de transformer une vie individuelle en une vérité sociologique. En racontant son avortement illégal ou son enfance ouvrière, elle parle de l'histoire de France avec une force que les livres d'histoire n'auront jamais.
Le paysage actuel est beaucoup plus sauvage qu'on ne le pense. On a des auteurs comme Virginie Despentes qui ramènent la fureur du punk dans le roman avec Vernon Subutex. On a une scène de science-fiction et de fantastique (pensez à Alain Damasio) qui explore les dérives de la technologie avec une plume ultra-travaillée. La littérature française n'est plus seulement à Paris, elle est partout : en Afrique francophone, aux Antilles, au Québec, apportant des rythmes et des colères que l'Hexagone avait un peu oubliés.
Comment s'y mettre (pour de vrai)
Si vous voulez vraiment explorer la littérature française sans vous endormir, oubliez l'ordre chronologique. Ne commencez pas par le Moyen Âge si vous n'aimez pas les vieux grimoires.
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Quelques pistes pour redécouvrir le plaisir de lire :
- Pour le choc frontal : Lisez Voyage au bout de la nuit de Céline. Le style est une déflagration. On aime ou on déteste, mais on n'en sort pas indemne. C'est l'invention du langage parlé en littérature.
- Pour l'aventure pure : Relisez Le Comte de Monte-Cristo. C'est le meilleur scénario de vengeance jamais écrit. Alexandre Dumas était un génie du rythme, il n'y a aucun temps mort en 1000 pages.
- Pour la modernité sociale : Plongez dans Les Années d'Annie Ernaux. C'est court, ça se lit d'une traite, et vous comprendrez comment la France a changé entre 1940 et aujourd'hui.
- Pour le frisson philosophique : La Chute de Camus. C'est un monologue de barman à Amsterdam, et à la fin, vous vous sentirez personnellement jugé. C’est brillant.
La littérature n'est pas une discipline olympique où il faut tout comprendre pour avoir une médaille. C'est une conversation. Parfois on ne comprend pas tout ce que l'interlocuteur raconte, mais on saisit une émotion, une image, ou une vérité qui nous concerne.
Arrêtez de chercher la "morale" de l'histoire. Les bons écrivains français ne donnent pas de leçons. Ils posent des questions embarrassantes. Ils explorent les zones d'ombre. Ils s'amusent avec les mots parce que, comme le disait Mallarmé, "on ne fait pas de poésie avec des idées, mais avec des mots".
Pour passer à l'action dès maintenant :
- Évitez les éditions scolaires remplies de notes de bas de page si vous lisez pour le plaisir. Prenez une édition de poche simple, l'objet doit être vivant, pas une pièce de musée.
- Lisez à voix haute certains passages, surtout chez les auteurs du 20ème siècle. Le rythme est souvent plus important que le sens immédiat des mots.
- Ne finissez pas un livre qui vous ennuie. La littérature française est trop vaste pour perdre du temps avec un auteur qui ne vous parle pas. Si Stendhal vous fatigue, passez à Maupassant. Si Proust vous assomme, essayez Queneau.
- Fréquentez les librairies indépendantes. Demandez au libraire ce qu'il a lu récemment qui l'a fait rire ou pleurer, pas ce qui est "important". L'important, c'est ce qui résonne en vous.
La France est peut-être obsédée par son passé littéraire, mais c’est parce que ses écrivains ont toujours été ses meilleurs ambassadeurs de la liberté. Lire ces textes, c'est s'offrir un pass VIP pour comprendre les névroses et les éclats de génie d'un peuple qui ne sait pas se taire.